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L'Elfe qui devint Homme est un roman de Fantasy, déposé à la Société des Gens de Lettre sous le n° 2007.08.0008. Texte original, inédit, propriété entière et exclusive de son auteur.

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Les rebelles qui avaient vu deux ménestrels larmoyants être livrés à leurs dirigeants, virent deux hommes en noir et masqués quitter leur refuge, accompagnés par leur chef. De Alna nous salua de la main, puis nous tourna le dos, tandis que nous nous engagions dans le défilé qui protégeait le repaire principal de la résistance. Nous croisâmes pas moins de cinq barrages, auxquels il nous fallut donner un mot de passe, il était aussi difficile d’entrer dans le lieu que d’en sortir. L’aube pointait à peine, quand nous piquâmes des deux vers l’ouest à travers la forêt. « Le voyage sera long, pensa Kev, il est temps que je t’instruise un peu mieux de nos coutumes. - Pour quoi faire ? pensai-je. Je ne compte pas m’installer en Elvestaat. - Tu sais, pensa Kev, les choses sont très différentes, là-bas. Tellement différentes. Des idées comme l’urgence, le danger, leur sont complètement étrangères. Et tiens, quand nous nous faisions passer pour des ménestrels, comment as-tu trouvé mon interprétation ? - Parfaite, pensai-je, presque trop même. - Eh bien, mon frère, ce que tu as vu là, c’est ce que je serais devenu si je n’avais pas croisé ta route. Quand nous arriverons devant l’assemblée des clans, ce sera un peu comme si une soubrette venait intervenir devant un conseil de chevaliers humains. Que se passerait-il ? - Hem, pensai-je, si elle porte un décolleté, les trois quarts des hommes reluqueront sa poitrine sans l’écouter. - Et si elle donne des conseils sur la guerre ? - Ils riront et finiront par la renvoyer. - Eh bien voilà, pensa Kev. En Elvestaat, les mâles se contentent d’être beaux et de se taire, dans toutes les affaires importantes. Nous n’aurons comme interlocuteurs que des femelles, qui vont d’abord nous mater l’entrejambe pour essayer d’imaginer comment nous sommes faits. - Quand même pas ! pensai-je. C’est humiliant ! - As-tu jamais eu pitié de vos femmes ? demanda Kev. » Je réfléchis. Ce n’était pas pareil, tout de même ! Les hommes décidaient, les femmes obéissaient, c’était normal ! Cela avait toujours été. Toujours ? Quelque chose me dit que non. La preuve, ces valeurs étaient inversées chez les Elfes. Et comment ferions-nous si nous devions nous battre ensemble, ou même vivre ensemble ? J’avais obligé Kev à suivre nos coutumes, je l’avais forcé, comme on met un tuteur à une plante, à se plier à nos manières de faire, chassant chez lui toute trace de sensiblerie, de féminité, toute coquetterie, tout ce qui aurait pu le faire passer pour mon amant, ou pour un gigolo. Je ne m’étais pas demandé ce qu’il lui en coûtait, de contrarier ainsi sa nature. Pour moi, c’était normal, les hommes buvaient de la bière, se tenaient droit, rotaient, les femmes tortillaient du derrière et faisaient des chichis. Pourtant, Rose n’était pas comme ça. Elle était terriblement féminine, mais sans être une poule, gardant par-devers elle une part d’autorité, de libre arbitre, de force, sur laquelle j’aimais à me reposer. Et si la vérité était ailleurs ? N’avais-je pas senti s’épanouir en moi une joie dont je me croyais incapable, à jouer ce rôle de jeune ménestrel ? Ne m’étais-je pas découvert un talent pour le chant, la poésie ? Le prétexte n’était-il pas tout trouvé, passer inaperçu, pour oser faire des choses que m’interdisaient mon éducation et ma culture ? Pourquoi n’avais-je pas choisi de jouer les rémouleurs ambulants, les guérisseurs, les moines ? « Tu vois, pensa Kev, tu commences à comprendre. Il y a une part de toi qui se réveille, sans laquelle tu n’es pas entier. - A propos, pensai-je… Que… qu’en est-il de Xan ? » Je sentis comme un vide s’installer entre nous. « Kev ? - Pardon. Je… ne sais pas. - J’imagine que c’est difficile. - Si je peux te donner un conseil, pensa-t-il, n’essaye même pas d’imaginer le deuil des autres, ne laisse jamais entendre que tu penses savoir ce que c’est, si tu ne l’as pas vécu toi-même ! - Oui, pardon, pensai-je. Je… tiens à toi. Je ne voudrais pas que tu te fasses de fausses idées. Que tu sois encore plus malheureux. - Tu tiens à moi ? pensa Kev. Modère tes ardeurs ! Une telle déclaration me trouble. - D’accord, dis-je, je n’arrive toujours pas à dire ce que je ressens, et même à le penser ! - Allons, essaye… - Je t’aime. Je veux que tu sois heureux. » Il m’envoya une bouffée d’affection qui me réchauffa de la tête aux pieds. « Revenons à nos moutons, pensa-t-il. J’ai réfléchi à notre arrivée en Elvestaat, je pense que nous devons rester nous-mêmes. - Nous-mêmes comment ? - Nous comporter comme des hommes, pardi ! Les miens doivent comprendre qu’ils ne peuvent pas nous imposer leur façon de vivre, sans quoi la relation sera faussée dès le départ. S’ils acceptent de te recevoir, c’est le roi des Hommes qu’ils accueilleront, pas une jeune fille en fleurs. - Comment comptes-tu entrer, s’ils ont bloqué l’accès par magie ? Si même les Elfes du Nord ne l’ont pas pu ? - Il n’y a pas que la magie, pensa Kev. Je ne crois pas au hasard. Je pense que de tous les êtres vivant sur cette terre, seuls toi et moi ensemble pouvons passer, servir de pont entre les peuples. Je le crois de plus en plus ! » L’idée était logique. Moi non plus, je ne croyais pas au hasard.
Par Kevelian - Publié dans : L'Homme qui devint Elfe
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