Notre destin à tous les deux nous dépassait. Étions-nous trop plongés dans nos pensées ? Avions-nous baissé notre garde ? L’attaque nous surprit alors que nous chevauchions tranquillement
dans un sous-bois paisible, vers midi, sous les trilles des oiseaux et le chuchotement du vent dans les feuilles. Dix ennemis surgirent soudain autour de nous, nous encerclant, épée au clair,
recouverts des étranges cuirasses en métal souple qu’on nous avait décrites, des casques enfermant entièrement leur tête, avec juste deux fentes pour les yeux. L’un d’eux portait une cape noire,
c’est lui qui prit la parole : « Descendez de cheval et mettez-vous à genoux ! » Je regardai Kev, qui me lança un regard confiant. Il regarda l’ennemi et dit : « Si je
descends de cheval, l’ami, c’est pour vous massacrer. - La forfanterie ne t’est d’aucun secours, cousin, dit l’autre, nous savons que vous êtes des lâches et des faibles. Tu es hors de votre
barrière magique, nous sommes dix, vous êtes deux, j’ai ordre de vous amener vivants à notre reine, épargne-moi la peine de me fatiguer. - Votre reine désire me voir ? dit Kev. Eh bien,
qu’elle se déplace ! Dis-lui que je l’attends en Elvestaat. Je lui passerai moi-même la laisse au cou, pour en faire mon animal de compagnie.» Ces paroles mirent l’autre en colère, et il
fit mine de se rapprocher. Kev cligna à peine des paupières, et ses neuf soldats tombèrent raides morts, sans avoir combattu. Le chef de patrouille eut un hoquet de surprise, et Kev descendit de
cheval et se rapprocha de lui sans même sortir son épée. « Ne t’approche pas ! cria-t-il. - Tu as peur, dit Kev, et tu as raison. Et ta reine aura bientôt peur, elle aussi. Dis-lui que
nous tuerons tous ceux qu’elle nous enverra, sans même qu’ils aient le temps de sortir leur épée, sans même nous fatiguer, sans même verser de sueur ou de sang. Dis-lui qu’elle a commis des crimes
impardonnables, que les Elfes ne sont pas des lâches, que bientôt la colère du peuple d’Elvestaat va vous écraser comme des punaises, et que la seule façon de ne pas être tous exterminés, c’est que
vous arrêtiez vos exactions. Dis-lui qu’elle viendra dans trois lunes implorer le pardon d’Elian, roi des Hommes, et se proposer elle-même en esclavage, si elle veut épargner son peuple, si elle
veut que nous ne vous rejetions pas tous à la mer avec des poids aux pieds. Dis-lui tout ça. » L’ennemi frappa avec une rapidité foudroyante, mais sa lame s’arrêta à deux centimètres du cou de
Kev, produisant comme un éclair bleu. Il lâcha son arme et hurla, se tenant le bras droit de la main gauche. « Dis-lui aussi, dit Kev, qu’aucune arme ne peut m’atteindre. Que je vais traverser
ce territoire à mon rythme, comme je le veux, et que tous ceux qui se mettront en travers de ma route seront détruits. Maintenant, fuis avant que je ne change d’avis et ne te tue, toi aussi. »
Il marqua un temps d’arrêt et fila comme une flèche, entre les arbres, et bientôt nous n’entendîmes plus que les bruits habituels de la forêt.