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L'Elfe qui devint Homme est un roman de Fantasy, déposé à la Société des Gens de Lettre sous le n° 2007.08.0008. Texte original, inédit, propriété entière et exclusive de son auteur.

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Oui, c’était Kev, mon Kev, mon petit frère grandes oreilles avec plein d’énergie, de l’humour, un peu particulier, qui m’envoyait cette pensée calme et inquiétante à la fois ! A la joie de le sentir si vivant, si proche, je lui expédiai une bonne bouffée de tendresse. Mais je cessai quand je sentis qu’on me tenait sous les aisselles, et que l’on essayait de passer une corde autour de mon cou.

« Eh oh ! » criai-je en ouvrant les yeux.

 

Je restai stupéfait.

Nous étions, Kev et moi, habillés comme des princes, de robes bleues, l’épée au côté, des diadèmes sur le front, debout, encadrés de soldats efliques, sur un gibet de bois dressé sur une immense place. Une armée d’Elfes sombres tenait à distance une foule humaine bigarrée, apeurée et hagarde, tandis qu’à un jet de pierre se dressait une tribune recouverte d’un dais abritant la noblesse des Elfes sombres. Assise sur un trône d’or, celle qui se faisait appeler la Reine des Brumes nous regardait avec dans les yeux une haine implacable, teintée de morgue. Elle avait de longs cheveux noirs tissés de perles et de pierres précieuses, portait une longue robe noire, et sa beauté sombre et exotique cachait mal sa nature diabolique et cruelle. Il émanait d’elle une énergie semblable à celle des orques, une magie sombre et malfaisante, qui la faisait se considérer elle-même comme toute-puissante. Elle se mit debout et lança d’une voix à faire se dresser les cheveux sur la tête, une voix grave et sifflante, comme si plusieurs personnes parlaient à l’unisson :

« Voyez, êtres inférieurs, ce que sont réellement le roi des Hommes et le roi des Elfes. Voyez ces deux monarques pitoyables sur lesquels vous fondiez tous vos espoirs. Regardez ces deux êtres minables qui, déguisés, comme des contrebandiers de bas étage, ont jeté un défi à ma face, négligeant mon pouvoir, et qui ont croupi dans mes geôles, affaiblis et perdus, pataugeant dans leurs excréments, pendant deux semaines. Ils reviennent à eux, tant mieux ! Ils pourront mesurer leur défaite avant de subir le châtiment que je leur ai réservé, être pendus comme les assassins, et enterrés comme des chiens ! »

J’étais fort, parfaitement conscient, calme, et Kev à mon côté était pareil. Je pris le temps de sonder les esprits des gens, et ce que j’y lus m’accabla : les Hommes la croyaient, ils avaient tous dans l’ensemble capitulé, et même, pour beaucoup, précipité leur chute. L’envahisseur avait fait plier l’échine à ma race, beaucoup avaient trahi, collaboré, certains depuis de longues années, en échange de quelques pièces d’or. Sans ce tissu de trahisons, les Elfes sombres n’auraient jamais eu autant de facilité pour mettre la main sur six des sept duchés que comptait jadis le royaume. A l’abri dans les Contrées Libres, nous n’avions pas mesuré à quel point la gangrène s’était installée en Reanon. Par miracle, ou grâce à sa situation particulière, à son histoire, au caractère trempé et rustre de ses habitants, seul le Nantal avait été épargné par cette collaboration tous azimuts qui avait précipité la chute. Je parcourus lentement la foule du regard, le mépris le mêlant à l’écoeurement, et beaucoup baissèrent les yeux lorsque je les fixais. Je sentais en eux la honte le disputer à la lâcheté.

Je relevai les yeux et croisai le regard triomphant de la Reine des Brumes, qui croyait nous tenir serrés par sa puissante magie aussi bien que par les cordes qui nous liaient les mains dans le dos et les pieds. J’ouvris la bouche et dis :

« Reine des Brumes, tu as bien raison ! Misérable est le peuple qui vend son âme, le père qui trahit sa maison, celui qui collabore contre sa propre race, sa propre terre, et permet que d’autres s’assoient à la table de ses ancêtres, et récoltent ce qu’ils n’ont pas semé ! Oui, ce peuple mérite son esclavage, tant qu’il ne prendra pas les armes pour se révolter contre ceux qui lui ont fait croire à leur supériorité ! »

Le début de mon discours lui plut, à la fin cependant elle sursauta et comprit que quelque chose clochait. Les soldats qui nous tenaient s’écroulèrent, foudroyés, tandis que nos cordes, y compris celles qui nous garrottaient le cou, prirent feu et se consumèrent sans nous blesser. Elle leva les mains et se lança dans de muettes incantations, mais sa magie, aussi puissante soit-elle, se brisa sur la nôtre, ce qui ne fit qu’aggraver sa colère et l’épuiser.

« Oui ! Hurlai-je. Nous pourrions tuer ces êtres dont vous êtes aujourd’hui les prisonniers ! Mais pour quelques-uns qui se sont battus et qui versent leur sang au sein de la résistance, combien ont vendu des renseignements, baissé les yeux sur des mouvements de troupes, de combattants, de vivres ? Le Royaume était condamné avant même la première attaque, par votre faute ! »

Mon hurlement se fit aussi fort qu’un ouragan, faisant trembler les murs des maisons qui bordaient la place, et tomber la plupart des assistants, laissant les Elfes et leur reine muets et impuissants, cloués au sol par la poigne magique de Kev.

« Je vous vomis ! hurlai-je. Je ne régnerai pas sur un tel peuple, à moins que l’on ne vienne se jeter à mes pieds en procession, la tête de cette reine posée sur un plateau ! Je ne vous aiderai pas à la chasser, bien que sa prétendue puissance ne me cause pas plus de mal qu’un importun moustique, tant que vous vous comporterez tous comme des cafards ! Si vous voulez de moi, je m’en vais voir les Elfes en Elvestaat : c’est là-bas que vous me trouverez, vous savez quel présent me faire si vous avez besoin de me parler ! »

Un dernier cri de rage explosa dans ma gorge, et les murs s’écroulèrent, les pierres se fendirent, le premier rang des Elfes mourut, la tête broyée, et puis je tournai le dos à la foule, et disparus.

Par Kevelian - Publié dans : L'Homme qui devint Elfe
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