Les jours qui suivirent, nous nous sommes remplis le cœur, la tête, les yeux, de souvenirs.
Nous nous sommes construit une cabane, dans les arbres, au bord de la rivière. De notre abri, nous plongions directement dans les flots chauds et paresseux, vingt coudées plus bas. De petits
écureuils pas farouches pour deux sous couraient avec nous sur les branches. Au début, j’avais un peu peur de suivre Kev dans ses courses sylvestres, mais peu à peu, je me suis senti chez moi dans
la ramure, et j’ai compris son attachement au seul arbre de Nantalia. La voie des cimes était la voie des Elfes, ce n’est qu’en l’air que se révélait la vraie nature du peuple des feuillages.
Au-dessus du sol, loin des chemins serrés, plus près du ciel et des oiseaux, dans ce petit paradis dont je n’aurais jamais imaginé qu’il fût aussi peuplé. Nous ne faisions pas plus de bruit qu’un
léger souffle de vent.
La Vision qui nous rattachait à tout le vivant nous faisait communier avec les arbres, nous dessinait la carte de l’enchevêtrement de leurs branches, et quelque chose en nous nous faisait connaître
immédiatement où nous étions, l’heure qu’il était et la présence de toute trace de vie autour de nous.
Irrésistiblement, de jour en jour, nous étions attirés vers l’ouest, et nos ballades nous conduisirent toujours plus loin au cœur de la forêt. Une fois, nous décidâmes de dormir dans les branches,
loin à l’ouest de notre repaire. Nous revînmes le lendemain. Et puis, plus tard, nous dormîmes deux jours, poussant de plus en plus à l’ouest.
Et un matin, nous comprîmes que nous ne reviendrions pas en arrière. L’appel était trop fort, nous étions en route pour Elvestaat.