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    <title><![CDATA[Le blog de Kevelian]]></title>
    <link>http://www.kevelian.org/</link>
    <description>Roman de Fantasy original et inédit publié en ligne</description>

        <language>fr</language>
    
    
    <pubDate>Thu, 12 Nov 2009 06:42:24 +0100</pubDate>    <lastBuildDate>Thu, 12 Nov 2009 06:42:24 +0100</lastBuildDate>    <generator>Over-blog.com RSS 2.0 Engine</generator>                <category>Littérature</category>    <docs>http://www.rssboard.org/rss-specification/</docs>                        
      <item>
        <title><![CDATA[78. Confrontation]]></title>
        <link>http://www.kevelian.org/article-78-confrontation-38265086.html</link>        <description><![CDATA[<p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">La guerrière fit mine de m’abattre son gourdin sur la tête, les traits crispés de rage, mais je la figeai le bras en l’air, sans
    qu’elle puisse, ni par sa force physique exceptionnelle, ni par la magie qu’elle possédait, y changer quoi que ce soit. Après quelques secondes, je la relâchai. Toute la foule était en émoi, elle
    avait vu comme un rayon exploser à la surface de mon aura tandis que, de ce qui était pour moi une légère pichenette, je neutralisais la force colossale de leur plus dangereuse guerrière. Comme
    disait Kev parfois, ‘les Elfes sont butés, mais pas trop cons’. Tous comprirent d’instinct que je disais vrai, et un vent léger de crainte les parcourut, alors que quelques instants auparavant
    ils nous considéraient mon frère et moi comme d’étranges animaux sauvages. Seule Xan restait de marbre, elle savait que nous étions obligés de jouer cette comédie. Elle-même ne pouvait pas parler
    pour nous, endosser sans l’avis du conseil la responsabilité de nous écouter, même et surtout parce que Kev était son Promis. Une reine devait condamner à l’exil son propre conjoint s’il le
    fallait, le devoir de sa charge primait sur tous les liens de cœur et de sang. Elle restait donc extraordinairement calme et neutre, assise en face de nous à l’opposé du cercle de sièges que nous
    tangeantions.</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Je dis&nbsp;:</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">«&nbsp;Il est une autre chose que vous devez savoir, O Elfes, je ne viens pas ici en tant que simple individu, je suis Elian, Roi
    héritier du trône des Hommes, et même si ma race est affligée par une occupation cruelle, je demeure un monarque, et Kev à mon côté est mon proche conseiller, et dans nos lois à nous il est comme
    mon égal. Réfléchissez bien à la façon dont vous nous accueillez. D’elle dépendront la paix ou la guerre entre nos races.&nbsp;»</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Un silence épais tomba sur la clairière.</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">«&nbsp;Tu serais plus facile à croire, pensa Kev, si tu n’étais pas habillé d’un pagne et coiffé comme un chardon.</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">- La pudeur n’est pas de mise ici, pensai-je, quant au peigne, je ne pense pas que ton peuple l’ait déjà inventé, vu la difficulté que
    tu as à t’en servir&nbsp;!</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">- Deux points pour toi. Ah, Xan va parler.&nbsp;»</span></span>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Fri, 30 Oct 2009 08:48:00 +0100</pubDate>        <guid >http://www.kevelian.org/article-78-confrontation-38265086.html</guid>
                <category>L'Homme qui devint Elfe</category>        <comments>http://www.kevelian.org/article-78-confrontation-38265086-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[77. Le cercle]]></title>
        <link>http://www.kevelian.org/article-77-le-cercle-38265020.html</link>        <description><![CDATA[<p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Nous nous mîmes en route vers une forêt comme je n’en avais vue auparavant, dont la vie semblait rayonner comme s’il y avait eu là
    cinq fois plus d’arbres qu’il n’y en avait en réalité. En chemin, nous échangeâmes avec Xan quelques bribes d’informations, comme on glisse un mot sous une porte, mais nous ne voulions pas aller
    trop loin dans les échanges. Xan et Kev souhaitaient prendre du temps pour se parler, à voix haute, se raconter les choses en les laissant pénétrer lentement dans l’esprit de l’autre, distiller
    goutte à goutte sensations, souvenirs, les apprécier, comme on tourne dans sa paume un verre de vin, pour mieux le réchauffer et en sublimer les arômes. Et puis, et cela me rassura, sans que je
    sus pourquoi, il n’y avait pas, entre mes deux amis, le même genre de communion d’esprit et de pensée immédiate qu’entre Kev et moi. C’était comme si leur complémentarité, leur désir mutuel, se
    nourrissaient du fait qu’ils restent toujours l’un à l’autre étrangers, à la fois proches et inaccessibles. Kev et moi, par opposition, ne faisions parfois qu’une seule âme, mais notre proximité
    même nous empêchait de jamais nous confondre, et nous n’avions pas entre nous cette distance physique nécessaire à franchir pour qu’une relation puisse s’appeler amour. Je compris en les
    regardant qu’ils bâtiraient ensemble un lien sublime, d’autant plus solide qu’ils devaient franchir la distance de leurs sexes opposés pour y parvenir, et que le pont entre eux serait d’autant
    plus fort que cette différence constituait un abîme, et qu’ils devraient apprendre à se connaître. Je compris qu’il n’y a pas d’Amour sans altérité, Kev était mon alter-ego, chacun avait sa
    place, et c’était bien.</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Nous fûmes introduits dans une petite clairière, au centre de laquelle une vingtaine de sièges étaient disposés en cercle, à quelques
    mètres les uns des autres. Celui dans lequel Xan prit place n’était pas différent des autres, et les femmes Elfes qui, peu à peu, la rejoignirent, s’assirent à sa suite sans laisser de place
    vide, dans l’ordre d’arrivée. Kev et moi étions debout à l’extérieur du cercle.</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Lorsque tous les sièges furent occupés, une guerrière à l’air farouche s’approcha de nous et nous dit&nbsp;:</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">«&nbsp;Hommes ou Elfes, qui que vous soyez, en entrant dans ce cercle vous vous soumettrez à l’autorité de notre reine, et ne parlerez
    que si elle vous y autorise. Vous avancerez à genoux, et si vous manquez de respect à ma souveraine, je vous corrigerai.&nbsp;»</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Je la regardai un instant, échangeant rapidement avec Kev quelques impressions sur la conduite à suivre.</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">«&nbsp;Vas-y mon gars, pensa-t-il, tout va se jouer dans les premières secondes. Montre que tu en as.&nbsp;»</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Comme il me laissait carte blanche, je regardai posément la guerrière, qui devait être une sorte de chambellan, et dis d’une voix
    forte, afin qu’elle porte au-delà même de la petite clairière, vers la foule des Elfes perchés dans les arbres pour observer&nbsp;:</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">«&nbsp;Elfes, comme vous le voyez, je ne suis pas tout à fait comme vous, mais je ne suis plus tout à fait humain. Je lis dans vos
    pensées, ma nature vous effraye et vous attire à la fois. Cependant, quelle que soit l’étrangeté à vos yeux de mon aura, et de celle de mon frère de sang à mes côtés, vous devez en reconnaître la
    puissance. Sachez-le, si telle était notre volonté, en moins de temps qu’il ne vous faut pour tomber de l’arbre, tous, du lac des Ténèbres jusqu’à la Grande Mer, vous seriez morts, et tout ce qui
    vit avec vous, et même la magie de votre souveraine, et celle de ceux qui parmi vous en possèdent aussi quelque peu, ne pourrait rien y faire.&nbsp;»</span></span>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Thu, 29 Oct 2009 08:47:00 +0100</pubDate>        <guid >http://www.kevelian.org/article-77-le-cercle-38265020.html</guid>
                <category>L'Homme qui devint Elfe</category>        <comments>http://www.kevelian.org/article-77-le-cercle-38265020-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[76. Ensemble]]></title>
        <link>http://www.kevelian.org/article-76-ensemble-38264973.html</link>        <description><![CDATA[<p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Nous sortîmes de l’eau presque sans un bruit. Assise à quelques mètres, les yeux fermés, une jeune Elfe d’une grande beauté, couronnée
    d’une cascade de boucles dorées, vêtue d’une robe de lin blanc, les bras autour des genoux, nous attendait. Elle ouvrit les yeux. L’amour et le désir qui s’établirent entre elle et Kev me fit
    gémir, tituber un instant par sa violence. Mais ils se reprirent, et une paix très grande, et lumineuse, les relia. Ils n’eurent même pas besoin de se jeter dans les bras l’un de l’autre,
    n’échangèrent pas de larmes ni de paroles&nbsp;: ils s’étaient retrouvés. Xan se leva, me regarda, et sonda mon coeur. Je la laissai faire sans broncher, entièrement sûr de sa droiture et de sa
    probité. Elle ouvrit son cœur en retour, et c’est ainsi que fut scellée notre amitié.</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">«&nbsp;Je t’accueille avec joie, frère de mon Aimé, dit-elle.</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">- Je suis heureux de te rencontrer, Aimée de mon frère, répondis-je.</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">- Nous devons parler à la reine, dit Kev.</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">- C’est moi.&nbsp;»</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Nous restâmes un instant interloqués. Nous effleurâmes ses souvenirs pour en récolter quelques bribes. C’était si évident que nous n’y
    avions pas pensé. Xan, reine des Elfes, avait succédé à sa mère, assassinée au début de la guerre des Orques. Un groupe de mercenaires avait profité de la confusion générée par l’enlèvement de
    Kev pour se glisser plus avant en Elvestaat. Xan encore affaiblie avait vu la tête de celle qui lui avait donné la vie rouler à ses pieds. Elle avait alors proféré un Cri, broyant le cœur des
    Hommes, qui avait révélé à tous que la magie, honnie, secrète, la baignait comme l’eau les plantes de rivage. Le choc de cette mort avait poussé la communauté Elfe, malgré des divisions, à placer
    sur le trône celle qui sortait à peine de sa mue, mais qui révélait, outre un grand pouvoir, une force de caractère, une capacité de décision, qui manquaient désormais à la plupart des autres
    adultes. Xan régnait sur un peuple à la dérive, terré derrière une barrière de magie qu’elle avait elle-même créée. Et chaque jour, elle attendait.</span></span>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Wed, 28 Oct 2009 08:46:00 +0100</pubDate>        <guid >http://www.kevelian.org/article-76-ensemble-38264973.html</guid>
                <category>L'Homme qui devint Elfe</category>        <comments>http://www.kevelian.org/article-76-ensemble-38264973-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[75. Traversée]]></title>
        <link>http://www.kevelian.org/article-75-traversee-38264910.html</link>        <description><![CDATA[<p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Nous n’avions pas besoin de respirer, tirant notre oxygène de l’eau elle-même, aussi nous glissâmes-nous au cœur de l’onde tels deux
    poissons ondulant quelques mètres sous la surface, deux flèches brunes glissant vers l’autre rive, l’une à la tête d’or, l’autre de jais.</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">La traversée dura une bonne heure, baignée dans le silence, en même temps que peuplée des crépitements de vie qui nous entouraient.
    Nous traversâmes des nuées de poissons multicolores, qui s’ouvrirent à peine pour nous laisser passer, s’approchant au contraire pour nous saluer. Kaléidoscope de traits de lumière bleue, orange,
    et verte, éclairant une faune et une flore foisonnantes, le lac était aux antipodes de ce que la magie des Elfes voulait faire croire&nbsp;: c’était un monde de paix et de beauté. Même sous les
    sortilèges, ils ne pouvaient cacher leur vraie nature, leur quête assoiffée de paix et d’harmonie. Quel choc avait-ce dû être pour le peuple des arbres d’avoir à se souvenir de sa magie, d’être
    obligé de faire revenir à la surface le savoir interdit, réputé être cause de tous les maux des temps passés&nbsp;! Comment avaient-ils pu enterrer à nouveau ces sensations intimes de communion
    avec tout le vivant, tandis qu’à la force des rêves éveillés de leurs passes magiques, ils pliaient la vallée à leur volonté, pour en bloquer l’accès&nbsp;? Comment ceux des leurs qui avaient dû
    révéler leurs ‘tares’ avaient-ils été regardés après ce prodige&nbsp;? Héros&nbsp;? Dégénérés&nbsp;? Avaient-ils été récompensés de leurs prouesses, ou au contraire, exilés à jamais après avoir
    sauvé leur peuple&nbsp;? Car ils ne pouvaient pas y avoir renoncé, après avoir goûté au don de la magie. Cela, nous le savions, nous avions été tous les deux dévorés par la tentation de nous
    laisser engloutir dans le Tout du Fleuve de Vie. Peut-être les mages ordinaires ne le percevaient-ils pas aussi violemment que nous, mais il ne devait pas moins les attirer. C’était comme cette
    fois où, à Nantalia, de retour d’une virée victorieuse contre des bandits, et alors que je rayonnais de la joie de la victoire, du devoir accompli, des éclats et couleurs de la brève aventure,
    encore riche de la chevauchée et des combats, Rose m’avait demandé, quand j’entrais tout joyeux dans le salon pour lui raconter ma quête&nbsp;: «&nbsp;t’as essuyé tes pieds avant
    d’entrer&nbsp;?&nbsp;» J’étais retombé d’un coup de mon état de grâce, j’avais fait demi-tour et m’en étais aller gueuler après quelques-uns de mes serviteurs, accusant tel ou tel de n’avoir pas
    assez bien bouchonné mon cheval ou fait reluire les cuivres. Je ne voyais pas sans casse ou sans douleur ceux des Elfes qui avaient créé ce lieu retourner sauter d’arbre en arbre ou cultiver
    leurs fraises comme s’il ne s’était rien passé.</span></span>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Tue, 27 Oct 2009 08:44:00 +0100</pubDate>        <guid >http://www.kevelian.org/article-75-traversee-38264910.html</guid>
                <category>L'Homme qui devint Elfe</category>        <comments>http://www.kevelian.org/article-75-traversee-38264910-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[74. Retour]]></title>
        <link>http://www.kevelian.org/article-36210648.html</link>        <description><![CDATA[<p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Nous y étions.</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Au sud, au nord, deux pics vertigineux, explosions de sommets pentus, acérés, comme des dents d’orque, recouverts de névés friables
    aux glissements de terrain mortels. En haut, des vents tournants, hurlant de soif de mort et de colère. En bas, orienté est-ouest, un immense lac barrant toute la vallée, qui n’était pas plus
    vieux que l’enlèvement de Kev. Ses eaux épaisses et noires éclataient régulièrement en gerbes de sang. Une puanteur méphitique et collante planait sur toute chose, des cris inhumains montaient
    des eaux, des spectres blêmes déchiraient leur enfer de leurs griffes impuissantes, toute vie s’en était allée, l’endroit respirait la mort de la mort, la fin, l’abîme. Je lisais dans les
    souvenirs de Kev ce qu’avait été ce lieu, son enfance, sa vallée. La magie imprégnait toute chose, des sommets au fond de l’eau, distillant dans nos veines un sentiment de peur, d’urgence, et de
    terreur, qui aurait dû nous tuer ou nous faire fuir. Mais nous fermâmes les yeux et nous concentrâmes sur notre mission, notre amitié, et la Vie qui baignait toute chose. Bientôt, nous vîmes les
    choses telles qu’elles étaient&nbsp;: un lac de montagne, tout simplement, masqué au regard des vivants par de grands sortilèges.</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Nous sommes restés assis un instant sur la rive orientale. Je regardai Kev. Et je me vis aussi à travers son regard. Nous étions deux
    sauvages, à moitié nus, vêtus de pagnes d’herbes, burinés de soleil, des plumes dans les cheveux, et portant aux poignets, aux chevilles, autour du cou, des colliers et des bracelets recelant de
    petits gris-gris, noisettes, plumes de duvet, coquillages. Nous allions les pieds nus. Nous portions chacun sur l’épaule droite une scarification en forme de croix, notre signe, notre symbole.
    Pour nous, l’éternel et le temporel se rejoignaient dans ce dessin très simple, comme dans la création qui nous était confiée. Nous avions incisé la peau à l’aide d’un coquillage, et recouvert
    les plaies de cendres qui avaient formé un relief un peu plus sombre que notre pigmentation naturelle. Il nous fallut nous y reprendre à deux fois, la première tentative se soldant par une
    cicatrisation immédiate. Nous dûmes forcer la magie qui nous protégeait à rester à l’écart de cette petite mutilation volontaire.</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Comment serions-nous reçus&nbsp;? Comme deux Hommes&nbsp;? Comme deux Elfes&nbsp;?</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">«&nbsp;Nous ne sommes plus ni l’un ni l’autre, pensa Kev. Nous sommes les premiers d’une race nouvelle.&nbsp;»</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">J’étais bien d’accord avec lui. On disait que les Nains devenaient stériles, au fil du temps. Les naissances s’espaçaient aussi chez
    les Hommes, et les plus savants des médecins se perdaient en conjecture. Quant aux Elfes, leur fertilité n’avait jamais été formidable, compensée en partie par leur exceptionnelle longévité. Mais
    la Vision nous révélait maintenant que la population d’Elvestaat ne comptait plus guère que quelques milliers d’individus. Les légendes des Elfes affirmaient qu’ils étaient cent fois plus
    nombreux à leur installation, quelques millénaire en arrière.</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Nous sentions la vie en toute chose. Nous voyions l’aura de tout être. Celles des Elfes sombres étaient gris délavé, presque mortes.
    Celles des êtres humains étaient pour la plupart bleu terne. Celles des Elfes, me dit Kev, vert pâle. Mais les deux nôtres irradiaient tels des rayons de soleil verts, ceux qui tombent d’un ciel
    bleu roi et coulent jusqu’au sol à travers les feuillages épais des jungles. Signes d’une vie pleine, luxuriante, bouillonnante de santé, qui mélangerait les cris du jeune toucan, le rire des
    enfants, le chant d’une rivière, baignée de la lumière d’une aube mordorée. Cela, les Elfes ne pourraient que le voir. Qu’en penseraient-ils&nbsp;? Aucune prophétie n’avait récompensé nos
    nombreuses heures de prière, le soir, au coin du feu. Nous portions dans le cœur de El le souci de la destinée des Hommes, des Elfes et des Nains, confiant à Sa Miséricorde ce que nous n’étions
    plus capables d’espérer ou de pardonner&nbsp;; Qu’Il parle, pensions-nous, par nos lèvres fragiles, car nous, nous ne savions pas quoi dire. Nous glissâmes dans l’eau en même temps.</span></span>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Fri, 18 Sep 2009 09:02:00 +0200</pubDate>        <guid >http://www.kevelian.org/article-36210648.html</guid>
                <category>L'Homme qui devint Elfe</category>        <comments>http://www.kevelian.org/article-36210648-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[73. L'appel]]></title>
        <link>http://www.kevelian.org/article-36160703.html</link>        <description><![CDATA[Les jours qui suivirent, nous nous sommes remplis le cœur, la tête, les yeux, de souvenirs.<br>
  <br>
  Nous nous sommes construit une cabane, dans les arbres, au bord de la rivière. De notre abri, nous plongions directement dans les flots chauds et paresseux, vingt coudées plus bas. De petits
  écureuils pas farouches pour deux sous couraient avec nous sur les branches. Au début, j’avais un peu peur de suivre Kev dans ses courses sylvestres, mais peu à peu, je me suis senti chez moi dans
  la ramure, et j’ai compris son attachement au seul arbre de Nantalia. La voie des cimes était la voie des Elfes, ce n’est qu’en l’air que se révélait la vraie nature du peuple des feuillages.
  Au-dessus du sol, loin des chemins serrés, plus près du ciel et des oiseaux, dans ce petit paradis dont je n’aurais jamais imaginé qu’il fût aussi peuplé. Nous ne faisions pas plus de bruit qu’un
  léger souffle de vent.<br>
  <br>
  La Vision qui nous rattachait à tout le vivant nous faisait communier avec les arbres, nous dessinait la carte de l’enchevêtrement de leurs branches, et quelque chose en nous nous faisait connaître
  immédiatement où nous étions, l’heure qu’il était et la présence de toute trace de vie autour de nous.<br>
  <br>
  Irrésistiblement, de jour en jour, nous étions attirés vers l’ouest, et nos ballades nous conduisirent toujours plus loin au cœur de la forêt. Une fois, nous décidâmes de dormir dans les branches,
  loin à l’ouest de notre repaire. Nous revînmes le lendemain. Et puis, plus tard, nous dormîmes deux jours, poussant de plus en plus à l’ouest.<br>
  <br>
  Et un matin, nous comprîmes que nous ne reviendrions pas en arrière. L’appel était trop fort, nous étions en route pour Elvestaat.]]></description>
        <pubDate>Wed, 16 Sep 2009 23:03:00 +0200</pubDate>        <guid >http://www.kevelian.org/article-36160703.html</guid>
                <category>L'Homme qui devint Elfe</category>        <comments>http://www.kevelian.org/article-36160703-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[72. Enfance]]></title>
        <link>http://www.kevelian.org/article-36100555.html</link>        <description><![CDATA[<p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Kev posa ses deux mains sur mes épaules, et parla à voix haute&nbsp;:</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">«&nbsp;Elian, Elian, mon frère, je comprends ta douleur, je la partage, mais tu ne dois pas complètement les condamner. Je te propose
    que nous restions un peu ici, ne partons pas tout de suite affronter les Elfes, reposons-nous, chassons, marchons, parlons, prions, et méditons. Après nous déciderons quoi
    faire.&nbsp;»</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Je relevai la tête et regardai autour de nous&nbsp;:</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">«&nbsp;C’est beau ici, dis-je, la voix enrouée. Tu as raison. J’en ai ras-le-bol. Passons du temps ensemble, tous les deux, comme
    quand nous étions dans les Contrées Libres.</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">- Mieux, dit-il, mieux qu’à cette époque-là. Aujourd’hui, nous sommes libres, toi et moi. Rose est en sécurité, Xan est en vie, nous
    avons tout le temps. Nous avons le droit de prendre du temps pour nous, sans la guerre, les batailles, la magie et tout le reste. Nous avons vécu bien des choses, plus peut-être que quiconque
    avant nous, mais nous avons failli y perdre la vie, et y perdre notre âme aussi. J’en ai plein le cul.&nbsp;»</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Sa dernière phrase tranchait avec la sagesse de son discours, mais c’était bien ainsi que je le connaissais, mélange de maturité et de
    gamineries, profond comme l’océan et vulgaire comme un préadolescent qui joue à dire des gros mots pour faire crier ses vieux.</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Je me traînai vers le ruisseau, me débarbouillai, me relevai et vis Kev dans sa tenue de gala, spécialement préparée pour nous tourner
    en ridicule et imposer à tous le symbole de l’exécution des rois de deux des races.</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">«&nbsp;Eh mais, t’a jamais été Roi des Elfes&nbsp;? m’exclamai-je en riant. Elle t’a pris pour un autre ou quoi&nbsp;?</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">- Han, j’crois pas. Elle voulait que les Hommes croient que je l’étais. Il en savent aussi peu sur les Elfes que sur la vie sexuelle
    des coléoptères, tu sais. Et ça ne les intéresse pas plus, alors…</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">- Ouais, t’a raison.&nbsp;»</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Après un silence et un grand soupir, je dis&nbsp;:</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">«&nbsp;Tu sais quoi&nbsp;? Tu sais à quoi je rêvais quand j’étais petit&nbsp;?</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">- Je crois bien, dit Kev, vu que je partage un peu tous tes souvenirs…</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">- Ca va, fais semblant de ne pas savoir, aie l’air surpris, ça me fera du bien&nbsp;!</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">- D’accodac, M’sieur le Roi. Accouche&nbsp;!</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">- Je rêvais de vivre en sauvage avec l’ami des rêves, loin de tout le monde, près d’une rivière. On aurait pêché des poissons, qu’on
    aurait fait griller sur de petits feux, et on aurait dormi sous les étoiles, on se serait baignés, tout ça…</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">- Ma foi, dit-il, pour les cinquante prochaines années, je n’ai pas d’autre programme, alors…</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">- Non, déconne pas&nbsp;! J’ai raté quelque chose, tu vois, j’ai envie de vivre ça au moins une fois dans ma putain de vie, courir en
    slip au milieu des animaux, faire ‘Yoooooouuuu’ en sautant des arbres, foutre la trouille aux castors, pisser dans l’eau… enfin…&nbsp;»</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Je rougis en me morigénant intérieurement. Je devais avoir un truc de pété dans le cerveau, nos ennemis se seraient moins inquiétés
    pour leur avenir s’ils avaient entendu le Roi des Hommes, Duc du Nantal, frère d’un Elfe, Magicien prodigieux, parler ainsi&nbsp;!</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Mais Kev me comprit, vraiment, réellement, il partageait ma soif de reposer à terre, un temps, le lourd fardeau qui écrasait nos vies,
    il savait à quel point j’avais soif d’une enfance, et que, sans cette enfance, je ne parviendrais jamais à devenir un Homme. Je resterais bloqué entre deux âges, ne sachant qu’être trop
    inconscient pour un adulte, trop sérieux pour un enfant, ne parvenant jamais, peut-être, à cet ultime état de la maturité, qui consiste à prendre la vie tellement au sérieux qu’on rit de tout, à
    commencer par soi, mais en ne négligeant rien, à commencer par ses devoirs envers les autres.</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Lentement, il fit glisser sa robe à terre, jeta son faux diadème et son épée. Je l’imitai, nous sentîmes la rivière à une lieue de là,
    vers le nord-ouest, qui nous attirait, et tels deux jeunes faons trop saouls d’avoir mangé les bourgeons au printemps, nous sautâmes en riant par-dessus un bosquet et nous mîmes à courir dans la
    forêt.</span></span>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Tue, 15 Sep 2009 13:37:00 +0200</pubDate>        <guid >http://www.kevelian.org/article-36100555.html</guid>
                <category>L'Homme qui devint Elfe</category>        <comments>http://www.kevelian.org/article-36100555-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[71. Qu'ils crèvent !]]></title>
        <link>http://www.kevelian.org/article-36100395.html</link>        <description><![CDATA[<p style="margin-bottom: 0cm;" lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Kev et moi nous matérialisâmes dans une petite clairière, au coeur d’une forêt sauvage, recouverte de mousse, traversée par un petit
    ruisseau. Je tombai à genoux, jetai mon visage dans la mousse, grattai la terre, et me mis à pleurer, bruyamment, violemment, tapant le sol, arrachant le lichen pour tenter de m’enterrer en lui,
    de disparaître et me fondre à l’humus. Je portais chaque histoire, chaque trahison, découverte dans les souvenirs de cette foule, comme une insulte, une blessure, une souillure, à ma propre
    maison, à ma race, à mon peuple. Radvij le forgeron avait fourbi des armes, qu’il avait cachées, dans sa remise, pour le jour J. Le fils du boucher voulait épouser sa première fille, mais il ne
    lui semblait pas assez bien pour elle. Avec l’ordre nouveau, ayant collaboré avec les envahisseurs, on lui avait promis de diriger la ville. Après la guerre éclair, il était allé voir le jeune
    baron de la place dans sa prison. Il lui avait proposé sa fille, leur alliance devant sceller une ère nouvelle, dans un ordre nouveau, auquel nul ne pouvait se soustraire. Le jeune noble lui
    avait craché à la figure. Radvij avait demandé son exécution, après une longue séance de torture. Il lui avait lui-même brûlé les yeux au fer rouge. Il se pavanait désormais un collier d’or au
    cou, et menait pied à pied une guerre acharnée contre ses anciens ennemis, ou même ceux qui avaient simplement eu l’heur de lui déplaire. Et des comportements comme celui-là, j’en avais reçus des
    dizaines, tous aussi clairement écoeurants les uns que les autres, en sondant cette foule, sur cette place, où je venais de perdre toute illusion sur la race des Hommes. Je hurlai. Je n’en étais
    plus. Je haïssais ces vers de terre. Maintenant, j’étais un Elfe. Qu’ils crèvent dans leur esclavage&nbsp;! Pensai-je.</span></span>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Tue, 15 Sep 2009 13:34:00 +0200</pubDate>        <guid >http://www.kevelian.org/article-36100395.html</guid>
                <category>L'Homme qui devint Elfe</category>        <comments>http://www.kevelian.org/article-36100395-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[70. Exécution]]></title>
        <link>http://www.kevelian.org/article-32811268.html</link>        <description><![CDATA[<p lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Oui, c’était Kev, mon Kev, mon petit frère grandes oreilles avec plein d’énergie, de l’humour, un peu particulier, qui m’envoyait
    cette pensée calme et inquiétante à la fois&nbsp;! A la joie de le sentir si vivant, si proche, je lui expédiai une bonne bouffée de tendresse. Mais je cessai quand je sentis qu’on me tenait sous
    les aisselles, et que l’on essayait de passer une corde autour de mon cou.</span></span>
  </p>
  <p lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">«&nbsp;Eh oh&nbsp;!&nbsp;» criai-je en ouvrant les yeux.</span></span>
  </p>
  <p lang="fr-FR">
    &nbsp;
  </p>
  <p lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Je restai stupéfait.</span></span>
  </p>
  <p lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Nous étions, Kev et moi, habillés comme des princes, de robes bleues, l’épée au côté, des diadèmes sur le front, debout, encadrés de
    soldats efliques, sur un gibet de bois dressé sur une immense place. Une armée d’Elfes sombres tenait à distance une foule humaine bigarrée, apeurée et hagarde, tandis qu’à un jet de pierre se
    dressait une tribune recouverte d’un dais abritant la noblesse des Elfes sombres. Assise sur un trône d’or, celle qui se faisait appeler la Reine des Brumes nous regardait avec dans les yeux une
    haine implacable, teintée de morgue. Elle avait de longs cheveux noirs tissés de perles et de pierres précieuses, portait une longue robe noire, et sa beauté sombre et exotique cachait mal sa
    nature diabolique et cruelle. Il émanait d’elle une énergie semblable à celle des orques, une magie sombre et malfaisante, qui la faisait se considérer elle-même comme toute-puissante. Elle se
    mit debout et lança d’une voix à faire se dresser les cheveux sur la tête, une voix grave et sifflante, comme si plusieurs personnes parlaient à l’unisson&nbsp;:</span></span>
  </p>
  <p lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">«&nbsp;Voyez, êtres inférieurs, ce que sont réellement le roi des Hommes et le roi des Elfes. Voyez ces deux monarques pitoyables sur
    lesquels vous fondiez tous vos espoirs. Regardez ces deux êtres minables qui, déguisés, comme des contrebandiers de bas étage, ont jeté un défi à ma face, négligeant mon pouvoir, et qui ont
    croupi dans mes geôles, affaiblis et perdus, pataugeant dans leurs excréments, pendant deux semaines. Ils reviennent à eux, tant mieux&nbsp;! Ils pourront mesurer leur défaite avant de subir le
    châtiment que je leur ai réservé, être pendus comme les assassins, et enterrés comme des chiens&nbsp;!&nbsp;»</span></span>
  </p>
  <p lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">J’étais fort, parfaitement conscient, calme, et Kev à mon côté était pareil. Je pris le temps de sonder les esprits des gens, et ce
    que j’y lus m’accabla&nbsp;: les Hommes la croyaient, ils avaient tous dans l’ensemble capitulé, et même, pour beaucoup, précipité leur chute. L’envahisseur avait fait plier l’échine à ma race,
    beaucoup avaient trahi, collaboré, certains depuis de longues années, en échange de quelques pièces d’or. Sans ce tissu de trahisons, les Elfes sombres n’auraient jamais eu autant de facilité
    pour mettre la main sur six des sept duchés que comptait jadis le royaume. A l’abri dans les Contrées Libres, nous n’avions pas mesuré à quel point la gangrène s’était installée en Reanon. Par
    miracle, ou grâce à sa situation particulière, à son histoire, au caractère trempé et rustre de ses habitants, seul le Nantal avait été épargné par cette collaboration tous azimuts qui avait
    précipité la chute. Je parcourus lentement la foule du regard, le mépris le mêlant à l’écoeurement, et beaucoup baissèrent les yeux lorsque je les fixais. Je sentais en eux la honte le disputer à
    la lâcheté.</span></span>
  </p>
  <p lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Je relevai les yeux et croisai le regard triomphant de la Reine des Brumes, qui croyait nous tenir serrés par sa puissante magie aussi
    bien que par les cordes qui nous liaient les mains dans le dos et les pieds. J’ouvris la bouche et dis&nbsp;:</span></span>
  </p>
  <p lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">«&nbsp;Reine des Brumes, tu as bien raison&nbsp;! Misérable est le peuple qui vend son âme, le père qui trahit sa maison, celui qui
    collabore contre sa propre race, sa propre terre, et permet que d’autres s’assoient à la table de ses ancêtres, et récoltent ce qu’ils n’ont pas semé&nbsp;! Oui, ce peuple mérite son esclavage,
    tant qu’il ne prendra pas les armes pour se révolter contre ceux qui lui ont fait croire à leur supériorité&nbsp;!&nbsp;»</span></span>
  </p>
  <p lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Le début de mon discours lui plut, à la fin cependant elle sursauta et comprit que quelque chose clochait. Les soldats qui nous
    tenaient s’écroulèrent, foudroyés, tandis que nos cordes, y compris celles qui nous garrottaient le cou, prirent feu et se consumèrent sans nous blesser. Elle leva les mains et se lança dans de
    muettes incantations, mais sa magie, aussi puissante soit-elle, se brisa sur la nôtre, ce qui ne fit qu’aggraver sa colère et l’épuiser.</span></span>
  </p>
  <p lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">«&nbsp;Oui&nbsp;! Hurlai-je. Nous pourrions tuer ces êtres dont vous êtes aujourd’hui les prisonniers&nbsp;! Mais pour quelques-uns
    qui se sont battus et qui versent leur sang au sein de la résistance, combien ont vendu des renseignements, baissé les yeux sur des mouvements de troupes, de combattants, de vivres ? Le Royaume
    était condamné avant même la première attaque, par votre faute&nbsp;!&nbsp;»</span></span>
  </p>
  <p lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Mon hurlement se fit aussi fort qu’un ouragan, faisant trembler les murs des maisons qui bordaient la place, et tomber la plupart des
    assistants, laissant les Elfes et leur reine muets et impuissants, cloués au sol par la poigne magique de Kev.</span></span>
  </p>
  <p lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">«&nbsp;Je vous vomis&nbsp;! hurlai-je. Je ne régnerai pas sur un tel peuple, à moins que l’on ne vienne se jeter à mes pieds en
    procession, la tête de cette reine posée sur un plateau&nbsp;! Je ne vous aiderai pas à la chasser, bien que sa prétendue puissance ne me cause pas plus de mal qu’un importun moustique, tant que
    vous vous comporterez tous comme des cafards&nbsp;! Si vous voulez de moi, je m’en vais voir les Elfes en Elvestaat&nbsp;: c’est là-bas que vous me trouverez, vous savez quel présent me faire si
    vous avez besoin de me parler&nbsp;!&nbsp;»</span></span>
  </p>
  <p lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Un dernier cri de rage explosa dans ma gorge, et les murs s’écroulèrent, les pierres se fendirent, le premier rang des Elfes mourut,
    la tête broyée, et puis je tournai le dos à la foule, et disparus.</span></span>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Fri, 19 Jun 2009 08:00:00 +0200</pubDate>        <guid >http://www.kevelian.org/article-32811268.html</guid>
                <category>L'Homme qui devint Elfe</category>        <comments>http://www.kevelian.org/article-32811268-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[69. Limbes]]></title>
        <link>http://www.kevelian.org/article-32811186.html</link>        <description><![CDATA[<p lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Je revins à moi en sursaut, et me retrouvai presque nu, en pagne, assis sur la paille malodorante d’un sombre cachot, Kev allongé près
    de moi. Une odeur d’urine et d’excréments me sauta au visage, tandis que des gémissements me firent prendre conscience de la présence d’autres personnes. Nous devions être dans une geôle, quelque
    part dans le sous-sol d’une demeure de pierre, une simple torche donnant une lumière blafarde dans le couloir devant les barreaux de la cellule. Un cul-de-basse-fosse dont je me demandai bien
    comment nous avions pu y atterrir. Je sondai l’esprit de mon frère&nbsp;: il était là, présent, mais épuisé, et ne parvenait plus à bouger.</span></span>
  </p>
  <p lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">«&nbsp;Kev, Kev, pensai-je, tu me comprends&nbsp;?</span></span>
  </p>
  <p lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">- Je te comprends, pensa-t-il faiblement. J’ai puisé toute mon énergie à te garder en vie. Je n’ai pas pu nous défendre contre ceux
    qui nous ont attaqués.</span></span>
  </p>
  <p lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">- Des Elfes sombres&nbsp;?</span></span>
  </p>
  <p lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">- Des milices humaines. Ils ne savent pas qui nous sommes.</span></span>
  </p>
  <p lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">- Tu as pu…</span></span>
  </p>
  <p lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">- Oui, quand je t’ai senti partir, happé par ton désir du Fleuve de Vie, j’ai compris que je devrais tout donner pour te garder.
    Ceux-là nous sont tombés dessus. Il faut refaire mes forces, Elian, je n’en peux plus. Je… je m’éteins…&nbsp;»</span></span>
  </p>
  <p lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Je compris brutalement la situation. J’avais mis toute mon énergie à lutter pied à pied contre l’esprit de Kev, qui tentait de me
    maintenir en vie, si bien que lui comme moi avions combattu par magie comme deux lutteurs de même force s’enfonçant peu à peu dans les sables mouvants, se neutralisant l’un l’autre, mais tous
    deux destinés à périr. Il était au bout du rouleau, et moi aussi, et sa magie ne dépassait désormais la mienne que de très peu, ce très peu qui m’avait sauvé la vie.</span></span>
  </p>
  <p lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">Je tendis mon esprit alentour, à la recherche d’énergie à consumer, pour nous permettre d’échapper tous deux à la mort par épuisement.
    Quelques arbres firent les frais de mon expérience, mais ce n’était pas assez. Je trouvai aussi des porcs, des poulets, des oiseaux, les tuant au fur et à mesure, effrayé, écoeuré par mon
    comportement. Mais je n’avais pas le choix&nbsp;: nous devions tous les deux survivre, pas seulement pour nous, mais pour nos deux peuples. Je transmis à Kev un peu d’énergie. Lui n’avait même
    plus la force de lutter, de puiser sa survie autour de nous. Ce que je lui donnai suffit à peine à le sauver. Il y avait urgence, je m’épuisais moi-même. Je ressentis un moment de panique. Je
    risquais d’atteindre ce point critique où puiser l’énergie en consommerait plus que ce que cela rapportait, l’état de Kev, où l’on ne peut que sentir la mort vous envahir, comme une ombre glacée
    qui vous mange en prenant son temps. Alors, je frappai un grand coup&nbsp;: poussé par la panique, j’étendis toutes mes perceptions, à des dizaines de lieues alentour, et tuai tout arbre sur
    pied, toute bête sur la terre, tout poisson dans l’eau, tout oiseau qui volait, tout insecte, toute fleur, et quelques Elfes sombres. Je donnai à mon frère la moitié de ce que j’avais puisé, et
    nous eûmes tous deux un haut-le-cœur, comme des jeûneurs qui auraient avalé d’un coup un plat très gras, mélange de nausée et d’épuisement violent. Je crus avoir échoué, et m’écroulai sur ma
    couche en poussant un cri et en pleurant. Je serrai mentalement Kev contre moi, et nous attendîmes ainsi, sans d’autre choix que de voir si nous allions survivre ou non, si le flux et reflux de
    notre existence allait s’arrêter du bon côté des digues, nous garder dans nos corps ou nous en expulser. Nous nous sommes endormis.</span></span>
  </p>
  <p lang="fr-FR">
    <span style="color: #000000;"><span style="font-size: 12pt;">«&nbsp;Tu devrais te réveiller, pensa Kev, on va être pendus… au cas où tu te sentirais concerné.&nbsp;»</span></span>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Thu, 18 Jun 2009 17:27:00 +0200</pubDate>        <guid >http://www.kevelian.org/article-32811186.html</guid>
                <category>L'Homme qui devint Elfe</category>        <comments>http://www.kevelian.org/article-32811186-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
  
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